Étymologie de la Noirie près d'Unieux

Introduction

Si le patronyme des Noirie / Noiry actuels vient très probablement du hameau de la Noirie, il reste à établir l'étymologie de ce toponyme. La première idée qui vient à l'esprit au sujet du toponyme de la Noirie est celle d'un lieu planté de noyers. C'est l'hypothèse retenue par l'abbé Prajoux [Pra, p. 179]:
Le lieu de la Noirie, situé sur l'Ondaine, non loin de l'endroit où elle se jette dans la Loire, est ainsi appelé à cause des beaux noyers qui s'y trouvaient autrefois.
Mais on peut penser aussi à un lieu noyé par les eaux de la Loire, comme l'indique Jean Antoine La Tour de Varan [LTV, p. 170]:
Noirie (la): hameau situé sur les bords de l'Ondène, vers son embouchure dans la Loire, parait tirer son nom de sa position près des eaux; noueraye, en langage roman, signifie un pré situé dans un lieu bas et marécageux; noerie veut dire, dans le même dialecte, abondance d'eau.

Dialectes parlés autour de la Noirie

Il faudrait connaître précisément la langue des habitants de cet endroit au Moyen-Âge vers les années 1000-1300 pour mieux cerner l'origine du toponyme. Mais cela est difficile, on sait simplement que le lieu de la Noirie s'écrivait en latin en 1315 Noyaria selon la mention la mention la plus ancienne de ce lieu (voir sous-section Histoire, [AD42, CHMS142]), et que cela a été transformé en Noirie probablement prononcé Noérie lorsque les textes citant ce nom étaient écrits en français.

Le lieu de la Noirie se trouve tout près de la frontière du nord-occitan (dialecte vivarovelaiés) et du franco-provençal (dialecte forézien), comme l'indique la carte ci-dessous que j'ai réalisée d'après les études de Pierre Gardette [Gar] et de Jean-Baptiste Martin [Mar].

Il semblerait donc que le dialecte parlé concernant le hameau de la Noirie ainsi que les lieux auxquels était lié ce hameau au Moyen-Âge (paroisse de Firminy et seigneurie de Cornillon) soit le dialecte occitan vivarovelaiés.

L'arbre noyer ou le verbe noyer ?

La table ci-dessous compare comment se dit noyer dans ces différents dialectes, à la fois pour le verbe et pour l'arbre. Les différences ne sont pas suffisamment significatives pour trancher entre les deux solutions, même si, en considérant la dialecte vivarovelaiés, cela fait légèrement pencher la balance vers l'arbre plutôt que le verbe.
Langue / dialecte Noyer (nom de l'arbre) Noyer (verbe) Sources
Français noyer noyer -
Latin populaire nucarius de nux, noix necare [CNRTL, étymologie]
Occitan vivarovelaiés noièr (noguièr en languedocien) neiar [Gra]
Franco-provençal forézien nuyé in-neya [Cha]

Nous pouvons jeter un oeil sur le dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, de Frédéric Godefroy [God]. Celui-ci concerne le français mais aussi les autres langues romanes parlées sur le territoire français. Les termes cités intéressants sont les suivants:

Nous voyons apparaître les deux significations possibles: lieu planté de noyers (noirie), ou crue, abondance d'eau (noerie), et donc possiblement lieu marécageux ou subissant des crues, ce qui pourrait bien correspondre au lieu de la Noirie avec les crues de la Loire inondant les berges. Mais pour un nom de lieu habité, il semble que les noyers soient plus probables.

Enfin, nous pouvons aussi regarder dans l'ouvrage de Charles du Fresne du Cange [DuC] qui recense un très grand nombre de termes latins que l'on trouve dans des actes du Moyen-Âge en France, avec leur signification. On y trouve notamment:

Nous savons que le nom était écrit en latin dans les textes du Moyen-Âge Noyaria (actes de 1315, 1354, 1450 et 1451 [AD42, CHMS142]). où le y, inexistant en latin classique, a remplacé le i entre deux voyelles: Noiaria, qui est un nom féminin. On peut donc le rapprocher de la version masculine Noiarius. Cela se rapproche aussi de Noieria ci-dessus. Ces deux termes Noiarius et Noieria sont utilisés dans des actes en latin de chartes concernant Grenoble et Lyon, pas trop éloigné de la Noirie dans le Forez. Ils désignent tous les deux un lieu planté de noyers.

Conclusion sur l'étymologie de la Noirie

Nous pouvons donc quasiment conclure d'où vient la toponyme de la Noirie: les éléments précédents semblent pencher assez fortement pour un lieu planté de noyers, plutôt que qu'un lieu marécageux ou inondable.

Références

[AD42] Archives Départementales de la Loire, 6 rue Barrouin, 42000 Saint-Étienne, voir site des AD42.
[Cha] Jean Chassagneux et Bruno Cornier, Un patois francoprovençal : Saint-Jean-Soleymieux, Loire, 2010, Cahiers Village de Forez, Vol. 83.
[CNRTL] Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, Portail lexical, 2013, voir leur portail.
[DuC] Du Cange et al., Glossarium mediae et infimae latinitatis, édition de Léopold Favre, 1883-1887, voir le site dicfro.
[Gar] Pierre Gardette, Situation linguistique du Forez, 1968, Études Foréziennes I, Mélanges, Centre d'Études Forézienne, pp. 211-221.
[God] Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, 1880-1895, voir le site dicfro.
[Gra] Didier Grange, Lexique descriptif occitan - français du vivaro-alpin au nord du Velay et du Vivarais, 2008, voir sur le site marraire.
[LTV] Jean Antoine de La Tour de Varan, Études historiques sur le Forez : Chronique des châteaux et des abbayes, volume 2, 1857.
[Mar] Jean-Baptiste Martin, La limite entre l'occitan et le francoprovencal dans le Pilat, 1979, Études Foréziennes X, Le Pilat et ses abords, Centre d'Études Forézienne, pp. 75-88.
[Pra] L'Abbé Prajoux, Monographie des villes et villages de France : les environs de Firminy et d'Unieux, réédition 1992 de Histoire de la baronnie de Cornillon, Notes et documents sur Saint- Paul-en-Cornillon, Firminy, Chazeaux, Fraisses, Unieux, Caloire, etc., 1900.
[WiKi] Wikipedia, Vogue des noix, janvier 2014, voir lien. La première vogue des noix officielle autorisée par Louis XII remonte à 1507, mais il est très probable qu’elle existait déjà avant cette date, sa création remonte peut-être au XIIIe siècle. Cette manifestation consistait en une vente de noix, d’où son nom.