Origine et histoire des noms de famille en France

Résumé d'après mes diverses lectures, principalement un compte-rendu bibliographique sur le livre de Anne Lefebvre-Teillard, Le nom : droit et histoire, 1990.

IVème-XIème siècles: un nom unique

Dans le monde antique romain, la dénomination des personnes était constituée de trois parties: le praenomen, correspondant à notre prénom donné à la naissance de l'enfant, le nomen, correspondant au nom de famille transmis comme nos patronymes actuels, et le cognomen, correspondant à un surnom donné à la personne. Dans la Gaule Romaine du IVème siècle, il était d'usage courant de n'utiliser que le cognomen. Ce système a convergé avec le système germanique de nom unique importé par les Francs durant l'Antiquité tardive et le haut Moyen-Âge. Ce nom unique devient le nom de baptême avec la pratique du baptême des nouveaux-nés par l'Église à partir du XIème siècle.

XIème-XIIIème siècles: apparition d'un deuxième nom

Initialement à prédominance germanique, les noms utilisés sont largement renouvelés au XIIème siècle avec l'adoption des noms de saints et de martyrs. À la même époque, à cause de la croissance de la population et de l'utilisation trop fréquente des mêmes noms, un deuxième nom est apparu pour chaque individu: sobriquet relatif à un caractère physique, nom de métier, nom de terre (notamment chez les nobles, pour lesquels cette pratique est apparue dès le XIème siècle), nom du père ("fils de"), etc.

XIIIème-aujourd'hui: transmission et fixation du nom de famille

D'abord individuel, ce deuxième nom s'est progressivement transmis à la famille et aux descendants par l'usage, aux XIIIème-XVème siècles. C'est cette coutume qui va déterminer l'usage actuel du prénom individuel et du nom de famille. La tenue des registres paroissiaux par l'Église, rendu obligatoire par l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 et l'ordonnance de Blois de 1579, a permis la consolidation de cette coutume du nom de famille transmis par le père. Cependant le déménagement d'un lieu vers un autre pouvait parfois entraîner un changement du nom de famille.

À la Révolution Française, la tenue de l'État-Civil est passée des mains des curés dans les églises vers celles des officiers de l'État-Civil dans les mairies, renforçant par certaines lois l'immuabilité des noms de familles en contrôlant fortement tout changement. Cependant, l'illettrisme de nos ancêtres a continué à induire des changements fréquents sur leur orthographe. Cette orthographe des noms de familles a été fixée grâce à l'alphabétisation et aux livrets de famille, créés par la circulaire du 18 mars 1877 (possession facultative) et systématisés par la loi du 5 avril 1884 (les mairies doivent prendre sur leur budget la délivrance des livrets de famille).